[Roman] Le Croc de l’Hydre – Chapitre Premier

Nous commençons ici une histoire de mon cru, racontant les péripéties de mon Alpha Légion. Cette histoire a été écrite il y’a un moment, peu après la sortie du roman « Légion » de Dan Abnett, et de fait il contient non seulement certains spoilers de ce livre sacré, mais également quelques incohérences par rapports à la suite actuelle des événements dépeinte dans « Horus Heresy », puisque j’y fait allègrement des spéculations et des hypothèses personnelles sur le devenir du Primarque de l’Alpha Légion, en me basant sur le matériaux disponible à l’époque, à savoir l’Index Astartes IV et le roman susnommé. Veuillez donc garder cette information en tête si vous êtes un lecteur assidu de l’Horus Heresy et que certaines choses vous semblent étrange ou incohérentes. Sur ce je vous souhaite une bonne lecture.

Chapitre Premier

 

 10000 ans … 10000 ans depuis que ce choix avait été fait, et que lui et sa Légion en subissait les conséquences. La haine et la guerre. Le paradoxe d’un combat perdu d’avance…

 

Darius était assis de manière détendue sur sa couchette, fixant de ses yeux bleus le mur en face de lui, comme s’il s’attendait à en voir surgir un quelconque fantôme. Il lui arrivait souvent de se tenir de cette manière, seul et mélancolique. Une mélancolie qu’il partageait avec tous ceux qui savaient, tout ceux qui avaient dû accepter la terrible réalité et le choix de leurs Pères. Cela faisait maintenant près de deux heures qu’il méditait sur ce sujet, comme il le faisait toujours quand il en avait le temps, fait qui causait d’ailleurs les moqueries amicales de ses hommes se complaisant dans leur ignorance, une ignorance voulue et maintenue.

Le sas de sa cellule émit un déclic quand les verrous se défirent laissant béante une ouverture dans laquelle s’engouffrèrent deux Astartes en armure. Le premier défit les lanières de son casque et le retira sans plus de cérémonie avant de s’incliner avec politesse devant Darius. Celui-ci acquiesça d’un geste de la tête, autorisant de facto son subordonné à relever la sienne. L’Homme chauve aux yeux aussi bleus que les siens se nommait Xerxès, et était l’un de ses sergents, en plus d’être de ceux qui, pour Darius, se rapprochaient le plus d’un « ami ». Il était d’un naturel enjoué, et profondément insouciant, cela lui causait d’ailleurs quelques problèmes lors de ses missions, mais Darius lui faisait une pleine et entière confiance.

– Alors Capitaine, encore en train de broyer du noir ? Vous devriez vraiment passer plus de temps au Refectorum, cela vous changerait les idées. Tenez ! Par exemple pas plus tard que hier Hector a …

Xerxès fût interrompu par le deuxième homme, le visage de ce dernier était recouvert d’une écharpe bleutée virant vers le vert. Les couleurs de la Légion. D’une voix forte mais sans agressivité il parla à son tour, posant la main sur l’épaule de son camarade.

– Ce que Xerxès essaye sans succès de vous dire c’est que le Seigneur Xanthos a demandé à vous voir, Capitaine…

Ce deuxième homme se nommait Artaxerxés. Il était aussi un proche de Darius, Sergent tout comme Xerxès et possédant sous son écharpe le même visage que celui qu’il venait d’interrompre.

Si tous les Astartes se ressemblaient, qui plus est dans la Légion, la ressemblance entre ces deux-là était pour le moins extraordinaire. Seul cette écharpe et leurs caractères diamétralement opposés permettant aux autres personnes de les différencier, même au sein de leurs escouades respectives.

Darius resta silencieux plusieurs secondes en observant ses hommes d’un regard vide de toute expression, les plongeant dans un embarras qu’ils avaient du mal à lui cacher. Puis, mettant fin au sentiment de malaise instauré par son silence, il répondit.

– Dites au Seigneur Xanthos que je le rejoindrais sous peu, maintenant laissez-moi…

Xerxès et Artaxerxés s’inclinèrent tout deux avant de sortir de la cellule dans le chuintement du sas se refermant derrière eux. Darius observa encore un moment le mur originellement blanc, mais noirci par plusieurs millénaires d’usure, avant de se lever et de revêtir son armure énergétique pièce par pièce, omettant volontairement de revêtir son casque, le laissant dans le casier où reposait également un livre poussiéreux et ancien au point de menacer de tomber en miette au moindre contact. Darius prit le livre, et d’un mouvement étonnamment doux pour une montagne de muscles de 2m23, il épousseta la couverture, laissant apparaître le titre. Philosophie Martiale de La Sie Ancienne. Une copie, d’une copie, d’une relique d’un autre temps, datant de bien avant l’Hérésie, bien avant La grande Croisade, bien avant même l’Imperium et la naissance de l’Empereur Cadavre. Darius le reposa avec délicatesse avant de quitter la pièce pour se rendre au pont de commandement du vaisseau.

Marchant à une allure rapide, il ne prêtait absolument aucune attention à ce qui l’entourait. Et quand il renversa un serviteur humain passant devant lui, les bras chargés de paperasseries, il ne ralentit même pas pour le voir se tortiller de douleur sur le sol en tentant vainement de soulager son épaule déboitée. Cela faisait bien longtemps que Darius n’avait plus de pitié à offrir aux faibles et aux miséreux qui peuplaient l’Epsilon.

Il arriva nonchalamment sur le Pont observant de façon quasi- automatique autour de lui pour voir ce qu’il se passait dans le cœur du vaisseau. Sur toute la périphérie des techno-serviteurs vaquaient à leurs occupations mornes et répétitives. En face de lui, positionnés de part et d’autre du siège de commandement, se trouvait deux Astartes, anonymes, fixes comme des statues, brandissant de longues hallebardes stylisées, et portant de larges capes d’écailles verdâtres. Sur le Siège, perché en hauteur, et ne bougeant pas plus que ses gardes du corps, un autre Astartes, sans casque, ni armes, mais arborant la même cape d’écailles.

Darius s’avança tranquillement, puis, mue par la force de l’habitude, il s’agenouilla devant le trio immobile, restant dans cette position et, à l’instar de ses propres hommes, sentant monter un sentiment de malaise au fur et à mesure que le temps passât sans que son Seigneur ne daigne lui adresser la parole. Xanthos ne parla pas, et se contenta de se lever puis de descendre de son « trône » afin de se placer à proximité de Darius. Ce dernier risqua alors un regard furtif vers son maitre, qui, comme s’il s’attendait à une telle réaction lui sourît dans un rictus et lui indiqua une direction de la tête. Le capitaine se releva, droit comme un « I » et suivit son supérieur dans un couloir simplement illuminé par la lueur des étoiles. Xanthos s’arrêta à mi-chemin et se positionna les mains derrière le dos face à l’espace, protégé du vide spatial uniquement par la baie vitrée de quelques centimètres d’épaisseur. Darius l’imita et sans un mot ils observèrent le néant. De temps en temps le capitaine jetait un œil en direction de son seigneur, analysant subversivement son visage couvert de cicatrices, souvenirs silencieux de milliers de batailles. Ses cheveux gris, tombant en cascade dans son dos, et ses yeux, bleus comme tous ceux de la Légion, reflétant une vie infiniment longue, bien plus longue que celle de Darius. Xanthos brisa le silence après quelques minutes, sans même regarder son officier.

– Penses-tu qu’ils aient fait le bon choix ?

– Un choix devait être fait, je pense que personne n’aurait pu en faire un meilleur …

– Les crois-tu toujours vivants ?

– Qu’ils soient vivants ou non, l’Hydre continuera de se battre même décapitée.

Elles étaient toujours les mêmes. Quand Xanthos lui faisait part d’une information ou d’une mission importante il lui posait ces questions pleines de sous-entendues, et Darius y répondait toujours de la même manière.

Mais, cette fois-ci, ce fut différent, il posa une troisième question. Si directe et si précise, que le Capitaine ne put s’empêcher de rester bouche-bée pendant plusieurs secondes.

– Penses-tu que l’humanité mérite d’être exterminée pour les erreurs d’un seul homme ?

– Je … Je n’en sais rien … Je ne suis qu’un … Exécutant.

– Et pourtant … Pourtant … Tu es bien plus sage que la majorité de mes « Exécutants ». Tu Sais… Et cela fait de toi quelqu’un d’unique, de plus important que ces masses d’idiots qui ne se complaisent que dans l’accomplissement de leurs plus bas

– C’est qu’ils ne savent pas pourquoi nous agissons, il est normal qu’ils se comportent …

– Et nous ne leur en demandons pas plus, le secret est important ! Toi par contre… Je te demande de réfléchir, en connaissance de cause. Tu es mon Lieutenant, mon Bras Droit. Il est légitime que j’attende de toi que tu me conseilles.

– Je … Je pense que « Lui » seul devrait payer pour ses fautes … Et pourtant, ma raison me dit que le seul moyen de lutter contre l’inéluctable est celui entrevu par nos Pères, même si cela doit sonner le glas de l’Humanité.

– Merci Darius … Prépare tes hommes … Ce monde va tomber …

Intrigué, Darius suivit le regard de son Seigneur et au travers de la vitre. Il put voir apparaitre, grâce à la rotation du vaisseau, un point brillant, un joyau azuré au milieu de l’obscurité. Ce joyau appartiendrait bientôt à l’Alpha Légion

Pour ceux qui désireraient peindre et découvrir cette histoire en même temps, celle-ci est également disponible en Audiobook sur la chaine Youtube Du Peint Et Des Jeux :


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